LES FORCES ADVERSES DE LA CONSCIENCE

Par Sam's • 13 mar, 2016 • Catégorie: ARCHIVES, EDITO, EXPLORATIONS DE CONSCIENCE, LES PLUS POPÜLAIRES, LUMI-NEWS

DÈS QU’IL Y A SOUFFRANCE,
ON PEUT ÊTRE SÛR QUE L’ENNEMI EST LÀ

” Si vous établissez la paix, écrivait Sri Aurobindo à un disciple, il devient aisé de nettoyer le vital.
Par contre, si vous vous mettez simplement à nettoyer et nettoyer, sans rien faire d’autre, vous avancerez très lentement, car le vital devient sale et encore sale, et il faut le nettoyer cent fois.
La paix est quelque chose de propre en soi, et si vous l’établissez, en vous, c’est une façon positive d’arriver au but.
Chercher la boue seulement, et nettoyer, est un chemin négatif.”

Voici bien une clé qui semble m’être adressée personnellement après quelques semaines d’absence sur le blog où, ce que je m’imposais était de nettoyer, nettoyer et nettoyer encore. Sauf que, tout en recherchant le chemin qui pourrait me mener à l’éveil, j’omettais une chose essentiel : établir en moi la paix, mais vraiment.

Force m’a été de constater que plus je désirais nettoyer pour enfin vivre ou ressentir l’état d’éveil, plus je m’en éloignais. Comme si des forces agissantes indépendamment de ma volonté contrecarraient mes efforts, forces que je qualifie désormais d’auto-sabotage sur mon propre chemin d’évolution parce que le message induit est que je ne peux faire l’économie, sous peine de rechute, du déni d’ébranlement que ces forces provoquent en moi.

Ce texte ouvre donc des perspectives d’introspection sous un nouvel éclairage car les forces obscures qui nous poussent à nous détourner de notre but, sont celles-là même dont nous avons besoin pour grandir car se sont des forces évolutionnaires.

Il nous faut juste avoir l’honnêteté de ne pas tricher, sans gémir ni protester, d’aller voir clair en soi-même le cœur en paix, sans jugement ni complaisance, mais avec une bienveillante et rigoureuse attention.

Merci à Anne qui m’a fait découvrir ce texte et qui ne pouvait mieux m’éclairer tant il résonne juste dans ce que je vis en ce moment.

Bonne lecture et bon toujours,

Sam’s.

LES FORCES ADVERSES

Il est une autre difficulté, car les vibrations qui viennent des gens ou du vital universel ne sont pas seules à déranger le chercheur (on ne saurait guère distinguer les unes des autres, d’ailleurs, les individus étant seulement des portes de relais du vital universel, ou du mental universel, dans un circuit fermé), mais il est un type de vibration d’une qualité particulière, qui se distingue par sa soudaineté et sa violence; le chercheur les sentira littéralement fondre sur lui, comme une masse; en quelque instants, il sera un “autre homme”, ayant tout oublié, de ce qui faisait sa raison d’être, ses efforts, son but, comme si tout était balayé, dépourvu de sens, décomposé. C’est ce que Sri Aurobindo et la Mère appellent les forces adverses.

Ce sont des forces très conscientes, dont le seul but apparemment, est de décourager le chercheur ou de le détourner du chemin qu’il s’est choisi. Le premier symptôme de leur présence est très perceptible : la joie se voile, la conscience se voile et tout est enveloppé dans une atmosphère de drame. Dès qu’il y a souffrance on peut être sûr que l’ennemi est là. Le drame est leur lieu de prédilection, c’est qu’elles peuvent faire le maximum de dégâts parce qu’elles jouent avec un très vieux partenaire en nous, qui ne peut s’empêcher d’aimer le drame alors même qu’il crie assez.

Leur premier soin, généralement, est de nous pousser à des décisions subites, extrêmes irrévocables, qui mettront autant de distances que possible entre nous et le chemin choisi - c’est une vibration de plus en plus serrée, aiguë qui veut s’exécuter immédiatement; ou bien elles démonteront tout le mécanisme de notre recherche - avec une habileté remarquable, pour démontrer que nous nous faisons des illusions et que nous n’arriverons à rien; ou bien le plus souvent, elles créeront un état dépressif, jouant avec un autre partenaire bien connu, que Sri Aurobindo appelle l’homme de douleur : un bonhomme qui se couvre d’un septuple manteau de tragédie et de tristesse et qui ne sentirait pas son existence justifiée s’il ne pouvait être colossalement misérable.

Toutes ces vibrations de désordre que nous appelons “nos” tristesses ou “nos” ennuis ont pour résultat immédiat d’affaiblir ou de décomposer notre champ de neige protecteur, et c’est la porte ouverte aux forces adverses. Elles ont mille manières de nous attaquer, car il s’agit bien d’une attaque, et plus nous sommes déterminés, plus elles s’acharnent.

Peut être trouvera-t-on que nous exagérons, mais il faut n’avoir jamais essayé de faire un progrès pour douter; tant que l’on marche avec le troupeau, la vie est relativement facile, avec ses bonnes et ses mauvaises passes, sans trop de bas mais sans trop de haut non plus; dès que l’on veut en sortir, mille forces se lèvent, très intéressées à ce que nous fassions “comme tout le monde”; on découvre à quel point l’emprisonnement est bien organisé. On découvre même que l’on est capable de descendre aussi bas que l’on est capable de monter haut, et qu’en vérité nos bas sont exactement proportionnels à notre capacité de hauteur - bien des écailles nous tombent des yeux.

Avec un peu d’honnêteté, on voit bien que l’on est capable de tout en somme, comme dit Sri Aurobindo, notre vertu est une prétentieuse impureté. Il faut n’avoir jamais quitté la personnalité frontale pour nourrir encore quelques illusions à ce sujet.

Toutes sortes de noms démoniaques et « noirs » ont donc été réservés à ces forces adverses dans l’histoire spirituelle du monde, comme si elles étaient là finalement, uniquement pour faire damner le chercheur et donner des embêtement gratuits aux braves gens.

La réalité est un peu différente, car où donc est le diable sinon en Dieu ?

Et s’il n’est pas en Dieu, il ne reste pas grand-chose en Dieu, car ce monde est assez méchant, et pas mal d’autres aussi, si bien qu’il ne reste pas grand-chose de pur, sauf, peut-être, un point mathématique sans dimension, qui ne fait pas de tache.

L’expérience nous montre que ces forces perturbatrices ont leur place dans l’économie universelle et qu’elles ne sont perturbatrices qu’au niveau de notre petite conscience momentanée, et encore le sont-elles dans un but déterminé.

D’abord, elles nous attrapent toujours au défaut de notre armure; si nous étions solide et d’une seule pièce, elles ne pourraient pas nous ébranler une seconde.

Ensuite, si au lieu de geindre et d’accuser le diable ou la méchanceté du monde, nous regardons en nous-même, nous nous apercevons que chacune de ces attaques a découvert l’une de nos innombrables tricheries d’honnête homme, ou, suivant la Mère, a tiré un peu les manteaux qu’on jette pour ne pas voir.

Et les petits manteaux, ou les gros, ne sont pas seulement sur nos plaies, ils sont partout dans le monde, sur ses petites insuffisances et ses énormes suffisances; et si les forces perturbatrices les tirent un peu violemment parfois, ce n’est pas au hasard ni par une méchanceté gratuite, mais pour nous faire voir clair et nous forcer à une perfection devant laquelle nous rechignons; parce que nous avons la fâcheuse tendance, sitôt que nous avons saisi un brin de vérité ou une paille d’idéal, à l’enfermer à triple tour dans une construction hermétique et infaillible, et à n’en plus vouloir bouger.

En d’autres termes, pour l’individu comme pour le monde, ces forces peu gracieuses sont des forces de progrès.

“Ce par quoi tu tombes, est cela même par quoi tu t’élèves” dit le Kularnava Tantra dans sa sagesse.

Nous protestons contre les catastrophes apparemment inutiles et arbitraires qui viennent frapper notre cœur ou notre chair et nous l’accusons l’ “Ennemi”, mais ne serait-ce pas plutôt l’âme elle-même (non le mental extérieur, mais l’Esprit au-dedans) qui a accepté et choisi ces épreuves pour se développer et passer rapidement à l’expérience nécessaire, tailler le chemin, fût-ce au risque d’endommager gravement sa vie extérieure et son corps ?

Pour l’âme en voie de croissance, pour l’Esprit au-dedans de nous, les difficultés, les obstacles, les attaques ne seraient-ils pas un moyen de grandir, d’intensifier sa force, d’élargir son expérience, de s’entraîner à la victoire spirituelle ?

Nous crions contre le mal, mais s’il n’était pas là à faire notre siège et à nous défier, il y a beau temps que nous aurions attrapé la Vérité éternelle pour en faire une petite fadaise proprette et bien assise.

La Vérité bouge, elle a des jambes et les princes des ténèbres sont là pour veiller à ce qu’elle ne s’endorme pas.

Les négations de Dieu nous sont aussi utiles que ses affirmations dit Sri Aurobindo. L’Adversaire ne disparaîtra pas, dit la Mère, que lorsqu’il ne sera plus nécessaire dans le monde. Et nous savons très bien qu’il est nécessaire, comme la pierre de touche pour l’or, pour voir si l’on est vrai.

Parce que, après tout, Dieu n’est peut-être pas un point mathématique pur, hors de ce monde; peut-être est-IL tout ce monde et toute cette impureté qui travaille et souffre pour devenir parfaite et se souvenir de Soi ici-bas.

La méthode vis à vis des forces adverses est la même que pour les autres vibrations : silence, immobilité intérieure qui laisse passer la vague. Nous ne réussirons peut-être pas du premier coup à dissoudre leurs attaques, mais de plus en plus, elles sembleront se dérouler à la surface de notre être …

Nous pourrons être secoués et, portant, tout au fond, nous sentirons ce « témoin » en nous, qui n’est pas touché - qui n’est jamais touché -, qui ne souffre pas.

On tombe et on se relève, et chaque fois on est plus fort. Le seul péché est d’être découragé.

Pratiquement, le chercheur du yoga intégral sera beaucoup plus exposé que les autres. Sri Aurobindo disait souvent que son yoga est une bataille parce qu’il veut tout englober dans sa conscience. Il n’y a pas rien qu’un passage à forcer vers la béatitude du haut mais beaucoup de passages; à droite, à gauche et en bas et à tous les niveaux de notre être et plus d’un trésor à découvrir.

Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience - Satprem p. 88-92

L’AVENTURIER DE L’INTÉRIEUR

” Il faut comprendre, où est le phénomène.
On est en train de mourir à l’humanité
pour naître à autre chose.”

Jacques CHANCEL s’entretient avec SATPREM, écrivain.

Son expérience des camps de concentration a créé l’origine de sa quête :

” Que reste-il d’un homme quand il n’y a plus rien ? “

Ses voyages en Égypte, en Inde, en Guyane ; sa révélation ; ce qu’il a découvert ; ses origines, ses parents, ses maîtres spirituels dont une femme : “Mère”, Sri AUROBINDO ; son opinion sur Auroville, sur les disciples de la Mère, sur la guerre, sur l’homme, sur la politique, sur le matérialisme, sur les relations entre hommes et femmes, sur la littérature, sur la mort ; ses livres. Diffusé le 4 juillet 1977, radioscopie sur France Inter.

Satprem est né à Paris en 1923, résistant, il est arrêté par la Gestapo à l’âge de 20 ans et passe un an et demi en camp de concentration. Dévasté, il se retrouve après de nombreux voyages à Pondicherry auprès de Mère en 1953.
En 1958 il devient son confident et recueille sur bande magnétique le cheminement qui devait La conduire à la découverte d’un « mental cellulaire » capable de re-former la condition du corps et de passer à une espèce nouvelle: c’est l’Agenda de Mère (1958 — 1973).
Ce document est une radioscopie enregistrée avec Jacques Chancel à l’occasion de la parution de la trilogie sur Mère édité en 1977: Mère, L’espèce nouvelle, La mutation de la mort. Satprem nous a quittés en avril 2007.

Exercice de pleine conscience

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Une Réponse »

  1. 7. L’opposition des forces hostiles

    Le fait a toujours été connu de tous les yogis et de tous les occultistes depuis le commencement des temps, en Europe et en Afrique comme en Inde: partout où l’on pratique le yoga ou le Yajna, les Forces hostiles se rassemblent pour le faire cesser par tous les moyens. On sait qu’il existe une nature inférieure et une nature spirituelle supérieure, on sait que chacune tire de son côté, que d’abord la nature inférieure est la plus forte, puis c’est la nature supérieure qui prend le dessus. On sait que les Forces hostiles profitent des mouvements de la nature inférieure pour tenter de détériorer, d’anéantir ou de retarder la siddhi. On le disait déjà au temps des Oupanishads (”Rude est le chemin à parcourir et tranchant comme le fil du rasoir”); le Christ l’a dit plus tard: “Dur est le chemin et étroite la porte par où l’on entre dans le royaume des cieux”, et aussi: “II y a beaucoup d’appelés et peu d’élus” — précisément à cause de ces difficultés. Mais on a toujours su aussi que ceux qui sont sincères et fidèles dans leur cœur et le demeurent, et ceux qui s’en remettent au Divin, parviendront au but en dépit de toutes les difficultés, de tous les faux pas, de toutes les chutes.

    *

    Les défauts normaux de la nature humaine sont une chose: ils sont la conséquence de la nature inférieure de l’Ignorance. L’action des forces hostiles est une intervention spéciale qui suscite de violents conflits intérieurs, des dépressions anormales, des pensées et des impulsions où l’on peut aisément reconnaître leurs suggestions, par exemple: quitter l’Ashram, abandonner le yoga, se révolter contre le Divin; suggestions de calamités et de catastrophes en apparence irrésistibles, impulsions irrationnelles et ainsi de suite. Elles ne sont pas du même ordre que les faiblesses humaines ordinaires.

    *

    La résistance normale de la Nature inférieure dans les êtres humains et l’action des Êtres hostiles sont deux choses différentes. La première est naturelle et tout le monde en est affecté; la seconde est l’intervention d’un monde non humain. Mais cette intervention peut revêtir deux formes: (1) Les êtres hostiles utilisent les forces de la Nature inférieure et font pression sur elles, les obligent à résister alors qu’autrement elles resteraient tranquilles, renforcent cette résistance ou la rendent violente alors qu’autrement elle aurait été faible ou modérée, et l’exaspèrent quand elle est violente. Par ailleurs, les Êtres hostiles, lorsqu’ils agissent sur ces forces de la Nature inférieure, font preuve d’une habileté diabolique, d’une organisation concertée et consciente qui n’apparaissent pas lorsque la résistance de ces forces est normale. (2) Ce sont parfois leurs propres forces qui envahissent l’être. Dans ce cas, il se produit souvent une possession temporaire ou du moins une influence irrésistible qui fait que les pensées, les sentiments, les actions de la personne deviennent anormaux: obnubilation du cerveau, tourbillon dans le vital, tout se passe comme si la personne n’y pouvait rien et était entraînée par une force toute-puissante. Par ailleurs, il peut y avoir, au lieu d’une possession, une forte influence; alors les symptômes sont moins marqués, mais celui qui connaît les manières d’agir de ces forces n’a aucun mal à voir ce qui s’est passé. Enfin il peut s’agir d’une simple attaque, et non d’une possession ou d’une influence; la personne est alors divisée, elle n’est pas dominée, elle résiste.

    Certains ne sont jamais atteints par les forces hostiles.

    C’est un mouvement naturel de la nature humaine ordinaire dans la conscience matérielle; il faut du temps pour s’en débarrasser. Nous disons évidemment que ce sont des forces de la nature inférieure, mais il ne faut pas les considérer comme hostiles; ce sont des forces ordinaires. Elles doivent être transformées, ce qui prend en général du temps et peut être fait tranquillement. Il faut se préoccuper davantage du côté positif de la sâdhanâ que de ces forces. Il n’est pas bon d’y penser sans cesse comme s’il s’agissait d’éléments hostiles ou de se troubler quand elles se manifestent et de considérer leur intervention comme une possession par un être hostile.

    Les éléments véritablement hostiles sont peu nombreux et il faut les distinguer des mouvements ordinaires de la nature. Il faut repousser les premiers et agir sur les autres avec calme, sans être troublé ni découragé lorsqu’ils font leur apparition.

    *

    Les défauts de la nature ne sont rien, on peut y remédier progressivement. C’est à ces attaques extérieures, à ces suggestions et à ces incursions de forces mauvaises que le sâdhak doit se fermer complètement.

    *

    La nature inférieure est ignorante, elle est non divine; en elle-même, elle n’est pas hostile à la Lumière et à la Vérité, mais elle leur est fermée. Les forces hostiles ne sont pas seulement non divines, mais antidivines. Elles se servent de la nature inférieure, la pervertissent, l’emplissent de mouvements dévoyés, et par ce moyen influencent l’homme et essayent même d’entrer en lui et de le posséder, ou en tout cas de le gouverner complètement.

    Débarrassez-vous de toute mauvaise opinion exagérée de vous-même et de l’habitude d’être déprimé par le sens du péché, de la difficulté ou de l’échec. Ces sentiments n’aident pas vraiment; au contraire, ils sont un immense obstacle et entravent le progrès. Ils appartiennent à la mentalité religieuse, non à la mentalité yoguique. Le yogi devrait considérer tous les défauts de la nature comme des mouvements de la Prakriti inférieure, communs à tous, et les rejeter avec calme, fermeté et persistance, avec une entière confiance en le Pouvoir divin, sans faiblesse ni dépression ni négligence, et sans excitation, impatience ni violence.

    Les Bases du Yoga, chapitre III. Traduction de la Mère.

    *

    L’ego vital fait partie de la nature humaine ordinaire; tout le monde en a un. Il doit être purifié et transformé; l’ego doit être remplacé par l’être vital vrai dont il est une ombre déformée. Les forces de la nature inférieure sont souvent rebelles et résistent à la transformation par attachement aux mouvements habituels de l’Ignorance: désir, vanité, orgueil, luxure, opiniâtreté, etc., mais ils ne sont pas par nature hostiles. Les forces hostiles sont celles dont la seule raison d’être est de se révolter contre le Divin, contre la Lumière et la Vérité, d’agir en ennemis de l’Œuvre divine.

    *

    Les forces de l’Ignorance sont une perversion de la nature terrestre, et les Pouvoirs adverses s’en servent. Elles n’abandonnent pas leur domination sur les hommes sans livrer bataille.

    *

    Les forces hostiles ont une certaine fonction qu’elles se sont assignée: c’est de mettre à l’épreuve la condition des individus, du travail, de la terre elle-même, et leur état de préparation à la descente et à l’accomplissement spirituels. À chaque pas du voyage, elles sont là, attaquent furieusement, critiquent, suggèrent, imposent le découragement ou poussent à la révolte, soulèvent le doute et accumulent les difficultés. Certainement elles interprètent d’une façon très exagérée les droits que leur donne leur fonction, faisant même des montagnes de ce qui nous semble être une taupinière. Un petit faux pas, une faute insignifiante, les fait apparaître sur la route et dresser tout un Himalaya comme une barrière. Mais cette opposition a de tout temps été permise, non seulement pour nous mettre à l’essai ou à l’épreuve, mais pour nous contraindre à chercher une force plus grande, une connaissance de soi plus parfaite, une pureté et un pouvoir d’aspiration plus intenses, une foi que rien ne peut écraser, une descente plus puissante de la Grâce divine.

    Les Bases duYoga, chapitre III. Traduction de la Mère.

    Le contact avec le monde et les forces hostiles est toujours, bien évidemment, l’une des principales difficultés du sâdhak, mais la transformation du monde et des forces hostiles est une tâche trop lourde et la transformation personnelle ne peut attendre qu’elle soit achevée. Ce qu’il faut, c’est en arriver à vivre dans le Pouvoir où ces éléments perturbateurs ne peuvent pas pénétrer ou même s’ils le font, ne peuvent susciter aucun trouble, en arriver à être purifié et même revigoré par lui de sorte que plus rien dans l’être ne réagira aux éléments hostiles. Si une protection vous enveloppe, qu’une descente intérieure vous purifie et qu’en conséquence la conscience supérieure s’établit dans l’être intérieur et finit par se substituer à l’ancienne conscience ignorante jusque dans les parties les plus extérieures qui sont actives au dehors, alors le monde et les forces hostiles n’auront plus d’importance, du moins pour votre âme; car un travail plus vaste, qui dépasse l’individu, reste à accomplir pour en venir à bout; mais au stade actuel il n’est pas utile d’en faire une préoccupation majeure.

    *

    Une pression s’exerce toujours sur les forces de la nature inférieure pour les obliger à changer; les êtres hostiles sentent cette pression à travers elles, mais il semble bien qu’ils aient toute latitude de choisir entre la transformation et la destruction.

    *

    C’est exact. Dans l’état actuel des choses, le mensonge vital semble temporairement l’emporter sur la nature sattwique supérieure.

    *

    Il est tout à fait exact que le mensonge règne en ce monde; c’est la raison pour laquelle ces difficultés se manifestent. Mais vous ne devez pas vous laisser ébranler. Vous devez rester calme et fort, et marcher droit en utilisant le pouvoir de Vérité et la Force divine qui vous soutiennent pour surmonter les difficultés et redresser ce que le mensonge a distordu.

    *

    Oui, je crois. Chaque fois que quelque chose doit être accompli, il y a toujours des forces qui cherchent à intervenir. Je suppose qu’elles veulent démontrer que le cheminement en douceur et le sentier “large, sans obstacle et sans épines” n’appartient qu’au ṛtam satyam bṛhat du Véda, et que nous devons nous élever jusque-là… si nous en sommes capables.

    *

    Quel que soit le point que les forces adverses choisissent d’attaquer, si petit qu’il apparaisse au mental humain extérieur, il devient un point crucial et le concéder, c’est peut-être concéder l’une des voies d’accès à la forteresse. Même si c’est une petite poterne, cela leur suffit, du moment qu’elles peuvent entrer.

    Rien n’est vraiment petit et sans importance sur le Grand Chemin. C’est surtout quand le conflit descend au niveau physique que ces distinctions cessent d’avoir la moindre valeur, car à ce niveau il n’est pas facile d’établir un barème pour ces “petites” choses qui sont d’une grande importance. À ce niveau, perdre une position mineure, c’est peut-être assurer la défaite dans la grande bataille.

    Tous doivent en passer par les épreuves que vous subissez actuellement. Nous vous les aurions évitées si cela avait été possible, mais puisqu’elles vous sont imposées, nous comptons sur vous pour persévérer jusqu’à la victoire. La patience, une endurance tranquille, une calme résolution d’aller jusqu’au bout et de triompher, telles sont désormais les qualités requises; ce sont, parmi les vertus guerrières, les moins spectaculaires, mais les plus substantielles.

    Et aussi la perspicacité et la vigilance. Ne fermez pas les yeux sur la difficulté qui est en vous, ne lui tournez pas le dos, mais ne la laissez pas non plus vous décourager. La victoire est certaine si nous persévérons; quel prix ne paierait-on pas, sous forme de difficulté et d’effort, pour une pareille conquête?

    *

    3997

    Oui, c’est certain. Les hommes sont envahis sans arrêt par les forces hostiles et un grand nombre d’entre eux sont, en partie ou totalement, sous leur influence. Certains en sont possédés et d’autres (peu nombreux) sont des incarnations d’êtres hostiles. À l’heure actuelle ces forces sont très actives partout sur la terre. Évidemment, dans le monde extérieur, les hommes n’ont pas la conscience qui se développe par le yoga et qui leur permettrait soit de percevoir les attaques, soit de les repousser consciemment; en eux, le conflit entre le psychique et la force hostile se poursuit surtout derrière le voile ou s’il a lieu à la surface, le mental ne le comprend pas.

    *

    3998

    Lorsqu’une entité prend possession d’une personne, elle tente tout d’abord de la séparer de son psychique, et c’est ce qui crée le conflit. Tout dépend de l’étendue et de la durée de la possession, dans quelle proportion elle envahit l’être et si elle est constante ou non.

    *

    3999

    Ne connaissez-vous pas l’histoire de l’éléphant Brahman? Tout est le Brahman, mais dans l’action, vous devez traiter l’éléphant comme le Brahman éléphant et l’Asoura comme le Brahman Asoura; vous ne devez traiter ni l’un ni l’autre comme le Brahman pur et simple. Il faut soit éviter le Râkshasa, soit le vaincre; sinon le Râkshasa risque de dévorer l’homme, tout Brahman qu’ils soient l’un et l’autre. La réalisation du Brahman restera une réalisation intérieure statique, tant que l’on ne sera pas devenu l’instrument dynamique de la Conscience et de la Force divines; alors le problème de l’éléphant et du Râkshasa ne se posera plus, car dans chaque cas la Conscience divine saura ce qu’il faut faire et la Force divine l’exécutera. Le vaira intérieur n’est pas nécessaire, mais il n’est pas prudent d’entretenir une relation amicale avec le Râkshasa, car le Râkshasa est imperméable à ce genre de chose: il en profitera pour poursuivre ses desseins.

    *

    4000

    Voir les mouvements est une chose; les laisser entrer en vous en est une autre, très différente. On doit avoir l’expérience de bien des choses, les voir et les observer, les amener dans le champ de la conscience et connaître ce qu’elles sont. Mais il n’y a aucune raison de leur permettre d’entrer en vous et de vous posséder. Seul le Divin ou ce qui vient du Divin doit être admis à pénétrer en vous.

    Dire que toute lumière est bonne est comme dire que toute eau est bonne ou même que toute eau limpide et claire est bonne: ce n’est pas vrai. On doit voir quelle est la nature de la lumière, d’où elle vient, ce qu’elle contient, avant de pouvoir affirmer que c’est la vraie Lumière. Il existe de fausses lumières et des éclats trompeurs, des lumières inférieures aussi qui appartiennent aux régions basses de l’être. Il faut donc être sur ses gardes et distinguer; le vrai discernement viendra par la croissance du sentiment psychique, par la purification du mental et l’expérience.

    Les Bases du Yoga, chapitre III. Traduction de la Mère.

    *

    4001

    Le simple fait qu’une force soit intense n’implique pas qu’elle soit mauvaise; la Force divine agit souvent avec une grande intensité. Tout dépend de la nature de la force et de son action: que fait-elle, quelle semble être son intention? Si son action a pour effet de purifier ou d’ouvrir l’être, apporte la lumière ou la paix, ou prépare la transformation de la pensée, des idées, des sentiments, du caractère, en les orientant vers une conscience supérieure, alors c’est une force bénéfique. Si elle est sombre ou obscure, si elle perturbe l’être par des suggestions radjasiques ou égoïstes, ou si elle excite la nature inférieure, c’est une force adverse.

    Nouvelles Lumières sur le Yoga, chapitre IV.

    II

    4002

    Je ne vois pas comment j’ai pu dire que vous n’étiez pas fait pour le yoga, alors que les expériences que vous avez eues et que vous avez encore sont caractéristiques de ce yoga. Ni les obstacles qui se dressent dans la conscience, ni les attaques ne prouvent qu’un individu est inapte au yoga. Aucun sâdhak n’y échappe et même ceux qui sont devenus de grands siddha yogis les ont rencontrés au cours de leur sâdhanâ.

    *

    4003

    Il n’est pas exact que les Râdjayogis ou autres ne sont pas attaqués pas les forces environnantes. Qu’ils aient pour but le môksha ou la transformation, tous subissent des attaques, parce que les forces vitales ne veulent ni la libération, ni la transformation. Seulement les yogis en parlent en termes généraux: rākṣasī māyā ou attaques de kāma, krodha, lobha; ils ne se soucient pas d’en rechercher l’origine ni d’observer comment elles entrent en eux, mais le phénomène est connu de tous.

    *

    4004

    Les forces hostiles attaquent tous les sâdhak; certains en sont conscients, d’autres non. L’objectif de ces forces est soit d’influencer la personne, soit de s’en servir, soit de détériorer sa sâdhanâ ou son travail, ou tout autre motif du même genre. Elles n’ont pas pour but de mettre le sâdhak à l’épreuve, mais leur attaque peut fort bien être utilisée à cette fin par le pouvoir qui guide la sâdhanâ.

    *

    4005

    Chacun a toujours, dans sa nature, cette voix hostile et critique qui questionne, raisonne, nie même l’expérience, incite à douter de soi et du Divin. On doit reconnaître en elle la voix de l’Adversaire qui s’efforce d’entraver le progrès et ne lui accorder aucun crédit.

    *

    4006

    Aucun sâdhak n’est à l’abri d’une attaque des forces mauvaises; mais si la foi et la consécration sont complètes, on peut repousser l’attaque sans trop de difficulté.

    *

    4007

    Si la foi et la consécration sont totales dans toutes les parties de l’être, il ne peut y avoir aucune attaque. Si, au centre de l’être, il y a à tout moment une foi et une consécration puissantes, des attaques pourront se produire, mais elles n’auront aucune chance de réussir.

    *

    4008

    Deux choses font qu’il est impossible aux forces hostiles de mener à bien, même temporairement, une attaque contre le mental ou le vital: d’abord un amour, une dévotion, une confiance parfaites que rien ne peut ébranler, et en second lieu un calme et une égalité qui sont devenus, dans le vital comme dans le mental, les caractéristiques fondamentales de la nature intérieure. Alors même s’il se produit encore des suggestions contraires, même si tout va mal à l’extérieur, l’être demeure invulnérable. Que l’on adopte l’une ou l’autre voie, à mesure que croissent l’amour et la dévotion ou le calme et l’égalité, l’existence même des forces hostiles devient de moins en moins un phénomène de la vie intérieure, quoiqu’elles puissent encore subsister dans l’atmosphère extérieure.

    *

    4009

    Ceux dont la nature est très sattwique — surtout si leur consécration à la Mère est ardente — échappent à l’invasion ou aux attaques des Forces hostiles dans le mental et le vital. Cela ne signifie pas qu’ils échappent aux difficultés de la nature humaine inférieure ou de la sâdhanâ, mais les forces hostiles ne viennent pas compliquer ces difficultés en leur apportant un soutien positif. Non que ces forces ne puissent trouver en eux aucun point sur lequel exercer leur pression, mais c’est un fait qu’elles n’ont pas accès à ces points, leur nature étant, de par sa constitution, armée contre elles, en raison de la grande proportion de prakāśa et de sukha (c.f. la Guîtâ) qu’apporte le sattwa. Par ailleurs il y a dans l’être une clarté intérieure, un équilibre, une heureuse disposition qui reflète aisément la lumière du soleil, est moins sensible aux nuages et à la tempête, ne laisse aucune prise aux forces hostiles. La nature refuse de se laisser violemment agiter, troubler ou bouleverser. Les forces hostiles peuvent tout au plus attaquer le corps, justement parce que, l’être nerveux étant calme, elles ne peuvent faire porter leur attaque que sur la partie la plus matérielle.

    *

    4010

    La pureté vitale est très nécessaire, mais il n’est pas facile de la rendre invulnérable aux attaques, à moins qu’elle ne soit vaste et accompagnée d’une pureté et d’une paix spirituelles solides qui descendent dans cette immensité. L’immensité à elle seule ne suffit évidemment pas.

    *

    4011

    Les forces hostiles viennent parce qu’elles ont eu toute latitude de le faire autrefois; elles veulent donc reprendre leur action et la poursuivre. Le seul moyen de s’opposer à elles est de les rejeter entièrement et de se tourner complètement vers le Divin.

    *

    4012

    Les forces mauvaises peuvent toujours attaquer, soit aux moments où l’on est inconscient ou semi-conscient, soit en passant par le subconscient ou le physique extérieur, tant que la transformation supramentale n’est pas entièrement achevée. Mais avec l’aide de la Force, on peut les repousser aussitôt.

    *

    4013

    Les forces hostiles n’ont pas besoin d’un motif pour attaquer: elles attaquent tous ceux qu’elles peuvent, à chaque occasion qui se présente. Il faut veiller à ce que rien ne leur obéisse ni ne les laisse entrer.

    *

    4014

    Vous me demandez si la Force adverse est plus forte que la Force divine. Cela voudrait dire que l’homme n’est pas responsable de ses actes et que, quoi qu’il fasse, quelles que soient les erreurs et les chutes qui découlent de ses actions, c’est la Force divine qu’il faut blâmer. Il en est peut-être ainsi, mais dans ce cas la pratique de la sâdhana n’est ni nécessaire, ni utile. On n’a qu’à rester tranquillement assis et laisser la Force hostile ou la Force divine faire ce qu’il lui plaît! Selon cette théorie, le Démon a eu raison de dire au Christ: “Jette-toi du haut de cette montagne et que Ses anges viennent te soutenir”, et le Christ a eu tort de rejeter cette suggestion et de répondre: “II est écrit: tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu (c’est-à-dire: tu ne le mettras pas à l’épreuve)!” Il aurait dû sauter, et s’il s’était écrasé en bas, la preuve aurait été faite que les forces adverses sont plus puissantes que la Force divine!

    Si une Force adverse apparaît, on ne doit pas admettre ses suggestions et leur faire bon accueil, mais se tourner vers la Mère et refuser de se détourner d’elle. Que l’on soit ou non capable de s’ouvrir, on doit être loyal et fidèle. On n’a pas besoin de pratiquer le yoga pour être loyal et fidèle. Ce sont des qualités très simples que tout homme et toute femme qui aspire à la Vérité doit pouvoir acquérir.

    C’est ce que tous devraient comprendre. C’est la fidélité psychique qui apporte le pouvoir de se dresser contre les Asoura, et qui permet à la Protection d’agir.

    III

    4015

    À propos des attaques et de l’action des forces cosmiques: très souvent, ces attaques deviennent violentes lorsque le progrès s’accélère et approche, de sa phase définitive; si, en particulier, elles s’aperçoivent qu’elles ne peuvent mener à bien une agression dans l’être intérieur, elles essaient d’ébranler celui-ci par des assauts extérieurs. On doit accepter cela comme une épreuve de force, un appel à rassembler toutes ses capacités de calme et d’ouverture à la Lumière et au Pouvoir, afin de se transformer en un instrument de victoire pour le Divin contre le non-divin, pour la Lumière contre l’obscurité de ce monde en désordre. C’est dans cet esprit que vous devez faire face à ces difficultés, en attendant que les éléments supérieurs se soient suffisamment consolidés en vous pour que ces forces ne puissent plus vous attaquer.

    *

    4016

    Il a tout à fait raison de dire que si les attaques se sont abattues si lourdement sur vous, c’est que vous aviez décidé de pratiquer sérieusement la sâdhanâ et que vous vous approchiez, pourrait-on dire, des portes du Royaume de Lumière. Cela met toujours ces forces en rage et elles font tout ce qu’elles peuvent contre le sâdhak, suscitent ou utilisent toutes les occasions de le tirer en arrière ou, si possible, de l’éloigner définitivement du chemin par leurs suggestions, par leurs influences violentes et en exploitant les incidents de toutes sortes qui ne manquent pas de se multiplier dans de telles circonstances, afin de l’empêcher d’accéder aux portes. J’ai plus d’une fois fait allusion à ces forces dans les lettres que je vous ai adressées, mais je n’ai pas insisté, constatant que, comme la plupart de ceux dont le mental est devenu rationaliste sous l’effet d’une éducation européenne moderne, vous n’étiez pas enclin à ajouter foi à cette connaissance ou du moins à y attacher une importance quelconque. De nos jours, les gens cherchent à tout expliquer par leur raison ignorante, leur expérience de surface et les événements extérieurs. Ils ne voient pas les forces cachées et les causes intérieures familières à la tradition indienne et yoguique qui en avait eu la vision et la connaissance. Ces forces trouvent bien sûr leur point d’appui dans le sâdhak lui-même, dans les parties ignorantes de sa conscience et dans leur assentiment à ces suggestions et à ces influences; sinon elles ne pourraient pas agir, ou du moins leur action ne saurait réussir. Dans votre cas, les points d’appui principaux étaient un ego vital inférieur extrêmement sensible auquel s’ajoutent maintenant la conscience physique et ses opinions arrêtées ou coutumières, ses préjugés, ses partis pris, ses réactions habituelles, ses préférences personnelles, son attachement aux vieilles idées et aux vieilles associations d’idées, ses doutes obstinés, toutes choses qu’elle dresse comme un mur d’obstruction et d’opposition contre la lumière plus vaste. C’est cette activité du mental physique que les gens appellent intellect et raison, bien qu’elle ne soit rien de plus qu’une machine qui tourne en rond dans ses habitudes mentales, et ne s’apparente guère à la raison véritable et libre — la Bouddhi supérieure qui est capable d’illumination — et moins encore à la lumière spirituelle supérieure ou à la perception ou au sens intérieurs de la conscience psychique qui voit instantanément ce qui est vrai et juste et le distingue de ce qui est erroné et mensonger. Cette perception intérieure, vous l’aviez constamment quand tout allait bien et surtout chaque fois que la bhakti se renforçait en vous. Lorsque le sâdhak descend dans la conscience physique et quitte les régions du mental ou du vital supérieurs où il avait commencé à se tourner vers le Divin, ces éléments contraires deviennent très forts et très tenaces, et étant donné que les états ou les expériences plus encourageants que l’on a eus auparavant disparaissent derrière le voile, à tel point que l’on se demande presque si on les a jamais eus, il devient difficile d’en sortir. Comme X vous l’a déjà dit et comme je vous l’ai répété moi aussi, la seule chose à faire est alors de s’accrocher et de tenir jusqu’au bout. Dès que l’on est à tout jamais résolu à rejeter les suggestions de ces forces, si plausibles qu’elles paraissent, le trouble diminue plus ou moins rapidement; ensuite il sera surmonté et disparaîtra. Abandonner le yoga n’est pas une solution.

    *

    4017

    Vous avez raison. Les forces hostiles, leurs attaques, leurs suggestions devraient maintenant être surannées, démodées, hors de propos ici, dans notre sâdhanâ. Si quelqu’un pouvait comprendre cela et le réaliser dans sa sâdhanâ, les autres trouveraient peut-être la force de suivre le mouvement. Actuellement ces choses subsistent parce que les sâdhak s’ouvrent à elles par habitude, par désir, par attirance pour le drame vital, par peur, par une acceptation passive et une obéissance inerte. Mais leur présence ici n’a plus de véritable nécessité ni de vraie justification; quant au monde extérieur, c’est une autre affaire. La sâdhanâ pourrait fort bien et même devrait se poursuivre comme un épanouissement, une atténuation naturelle des défauts et des difficultés, une progression de plus en plus grande de la lumière, du pouvoir et de la transformation.

    *

    4018

    En disant que leur action “n’est plus nécessaire”, je ne voulais pas dire qu’elle ne pouvait pas se poursuivre; je crois avoir dit expressément que si les sâdhak s’obstinaient à s’ouvrir à elle, elle continuerait. L’action des pouvoirs hostiles diffère de l’action ordinaire de la nature inférieure. Celle-ci se poursuit évidemment tant que la nature inférieure n’est pas transformée, mais elle ne se manifeste pas obligatoirement sous forme d’attaques et de bouleversements hostiles; on peut la traiter comme un mécanisme qui doit être réglé et qui peut l’être, à l’aide de la Lumière et du Pouvoir d’en haut. Quelques-uns, attaqués jadis par des pouvoirs hostiles, ont maintenant avancé au point de pouvoir appliquer cette méthode; d’autres en sont proches; certains, évidemment, l’ont toujours suivie et n’ont jamais été attaqués, du moins dans leur mental et leur vital. Mais beaucoup en sont encore très loin et par conséquent, l’action des Pouvoirs hostiles se poursuit.

    *

    4019

    J’ai écrit cela parce que la Lumière et le Pouvoir sont maintenant suffisamment descendus pour que l’on n’ait pas à subir les épreuves que les Pouvoirs hostiles sont autorisés à imposer lorsqu’on ne dispose, pour soutenir le progrès, que du mental ou des forces spirituelles ordinaires sur le plan mental. Si vous regardez de près, vous verrez que maintenant, quand ces Forces agissent, c’est d’une manière parfaitement instinctive et irrationnelle, en répétant sans cesse les mêmes mouvements, sans être soutenues par aucun pouvoir intellectuel ou vital supérieur. Leur méthode est devenue irrationnelle et mécanique, ce sont plutôt les régions inférieures du physique et le subconscient qu’elles obscurcissent. Cela signifie que leur présence n’est plus vraiment justifiée.

    *

    4020

    Les facteurs que vous énumérez ne sont pas la cause des attaques, mais ils en sont l’occasion; c’est la faiblesse des sâdhak qui permet ces attaques alors qu’elles pourraient fort bien être repoussées. Les forces hostiles sont présentes dans le monde pour entretenir l’Ignorance; elles étaient présentes dans la sâdhanâ parce qu’elles avaient le droit de mettre à l’épreuve les sâdhak, pour voir si leur faculté et leur volonté de s’accrocher au Divin et de surmonter toutes les difficultés étaient sincères. Telle était la situation tant que la Lumière supérieure n’était pas descendue dans le physique; mais maintenant elle descend, elle est suffisamment présente pour que tous puissent la recevoir de mieux en mieux afin que le chemin s’aplanisse et s’ouvre, qu’il devienne un développement progressif et ne soit plus une bataille.

    *

    4021

    Ce n’est pas la pression d’en haut qui crée les difficultés. C’est une forte résistance au changement dans les plans inférieurs, et certaines Forces en profitent pour jeter des pavés dans la mare et essayer de bouleverser le plus de gens possible. La Pression d’en haut sur ces Forces ne fait que les expulser de l’atmosphère de la personne qu’elles ont touchée, ou de l’atmosphère en général. Au bout d’un certain temps, elles sont expulsées de l’atmosphère de la personne et ne peuvent plus agir sur elle, sinon à distance avec un effet très minime. Lorsque cela pourra se faire d’une manière générale, afin qu’elles soient repoussées à une certaine distance de l’atmosphère de l’Ashram, alors tous ces ennuis cesseront.

    *

    4022

    Ils n’ont pas quitté l’Ashram à cause de la pression du yoga, mais à cause de la pression de quelque chose en eux qui nie le yoga. Si l’on suit son être psychique et l’appel du mental supérieur, la pression du yoga, si forte soit-elle, ne peut avoir de telles conséquences. Les gens parlent du yoga comme s’il contenait une force maléfique capable de produire ces résultats. C’est au contraire la résistance au yoga qui les produit.

    IV

    4023

    Souvent le fait qu’un progrès ait été accompli réveille l’activité des forces adverses; elles veulent le plus possible en atténuer l’effet. Quand vous avez une expérience décisive comme celle-ci, vous devez rester en concentration et l’assimiler, en évitant de vous disperser et d’extérioriser si peu que ce soit votre conscience.

    *

    4024

    Très souvent, après une bonne expérience ou un progrès décisif, les êtres du monde vital essaient d’attaquer et deviennent menaçants… Ils espèrent toujours pouvoir détourner le sâdhak de son chemin par des attaques et des menaces.

    *

    4025

    C’est souvent le cas. Lorsqu’un progrès a été fait (ici, l’ouverture de la vision intérieure), les forces hostiles attaquent avec furie. Vous devez être particulièrement sur vos gardes quand vous faites un progrès, afin de repousser les attaquants avant qu’ils ne puissent pénétrer en vous.

    *

    4026

    C’est exact. Le reste est un résidu de l’attaque, d’une attaque soudaine et violente, comme il en vient souvent lorsqu’on est en plein progrès et sur le point d’atteindre le chemin direct et ouvert. Elle ne peut dévier en permanence le progrès et lorsqu’elle disparaît, on a en général une chance d’avancer plus fermement et plus rapidement vers le but. C’est ce que nous devons faire maintenant.

    *

    4027

    Naturellement, les forces hostiles sont toujours aux aguets pour dérober le maximum de ce que le sâdhak a reçu; non qu’elles en tirent un profit, mais elles l’empêchent de s’en servir pour construire la vie divine.

    *

    4028

    La lutte se poursuit sans cesse entre les forces de Lumière et les forces d’opposition; dès qu’il y a un mouvement vrai et un progrès authentique, celles-ci tentent d’arrêter le progrès ou de le retarder en le contrariant par un mouvement faux. Tantôt cette intervention réveille en vous d’anciens mouvements qui ont gardé le pouvoir de se reproduire, tantôt elles se servent de mouvements ou de pensées qui sont présents dans l’atmosphère, de paroles prononcées par les autres, pour troubler la conscience. Quand on peut établir dans le physique une paix durable et y rendre permanente l’action du Pouvoir et la consécration de l’être, alors la base devient sûre; les fluctuations de ce genre ne peuvent plus se produire, même s’il subsiste des difficultés superficielles.

    *

    4029

    Ou bien c’est la conscience supérieure qui doit descendre dans le vital et le physique, ou bien l’on doit détecter, à l’aide de la conscience psychique venant au premier plan, toutes les imperfections du vital et les rejeter.

    Il y a toujours des forces hostiles qui tentent d’arrêter l’expérience ou de la détruire. Si elles viennent, c’est un signe que quelque chose dans l’être — vital ou physique — répond à leurs sollicitations ou est trop inerte pour s’y opposer.

    *

    4030

    Votre lettre est trop vague. La réaction que vous décrivez pourrait tout aussi bien être celle qui suit souvent une expérience: la force adverse pénètre en apportant un mouvement contraire. Tantôt les épreuves viennent des forces hostiles, tantôt elles sont apportées par le cours naturel des choses. Je suppose qu’elles sont nécessaires, puisqu’elles ne manquent jamais d’apparaître dans la sâdhanâ.

    *

    4031

    Il est inutile de se soumettre à des épreuves: toutes les épreuves nécessaires viennent d’elles-mêmes de la manière la plus ordinaire, par le simple fait d’utiliser une faculté et à mesure que l’on progresse; aucune autre épreuve n’est nécessaire. En dehors de celles-ci, les forces hostiles en imposent d’autres; mais leur méthode consiste soit à profiter d’un point faible sur lequel elles exercent un maximum de pression pour briser la sâdhanâ, soit à déchaîner toutes les forces adverses sur la conscience alors qu’elle est encore dans une phase de transition et qu’elle manque encore de maturité, afin d’anéantir tout ce qui a été fait. Ce n’est pas véritablement une épreuve, mais une destruction pure et simple qui se substitue à la méthode constructive. En se soumettant inutilement à des épreuves, on attire dangereusement cette pression hostile et on suscite des choses qu’il faudrait rejeter. Il est certes nécessaire d’être conscient, mais pour cela une introspection tranquille suffit; la méthode qui consiste à susciter les difficultés pour se mettre à l’épreuve est foncièrement mauvaise.

    *

    4032

    La Manifestation divine procède par le calme et l’harmonie, non par des bouleversements catastrophiques. Ceux-ci sont le signe d’un conflit, généralement entre des forces vitales contraires, mais dans tous les cas, d’un conflit sur le plan inférieur.

    Vous pensez trop aux forces adverses. Ce genre de préoccupation cause beaucoup de tourments inutiles. Fixez votre mental sur le côté positif. Ouvrez-vous au pouvoir de la Mère; concentrez-vous sur sa protection; appelez la lumière, le calme, la paix, la pureté et la croissance en la conscience et en la connaissance divines.

    L’idée d’épreuve n’est pas non plus une idée saine et ne doit pas être poussée trop loin. Les épreuves sont infligées, non par le Divin, mais par les forces des plans inférieurs — mental, vital et physique — et tolérées par le Divin parce qu’elles font partie de l’éducation de l’âme et l’aident à se connaître elle-même, à connaître ses pouvoirs et les limitations qu’elle doit dépasser. La Mère ne vous met pas à l’épreuve à chaque instant; au contraire, elle vous aide à chaque moment à vous élever au-dessus de la nécessité des épreuves et des difficultés, nécessité qui appartient à la conscience inférieure. Être toujours conscient de cette aide sera votre meilleure sauvegarde contre toutes les attaques, qu’elles viennent des forces adverses ou de votre propre nature inférieure.

    Les Bases du Yoga. chapitre III. Traduction de la Mère.

    *

    4033

    Si l’on sait profiter de l’expérience, même les Forces hostiles et leurs attaques peuvent être utiles; ce qui ne signifie évidemment pas que l’on doive susciter les attaques. Ces Forces hostiles pressent tant qu’elles peuvent sur un point faible de notre nature et si nous sommes vigilants, nous pouvons voir cette faiblesse et la rejeter. Seulement la méthode d’attaque de ces Forces est trop violente et catastrophique et risque de détruire aussi ce que l’on a de bon en soi: foi, paix, etc.; on doit donc veiller à préserver cela de toutes les attaques.

    *

    4034

    Lorsque les pouvoirs hostiles ne peuvent interrompre le yoga par des moyens positifs — tentations ou crises vitales — ils ne demandent pas mieux que de le faire par des moyens négatifs: d’abord en jetant le sâdhak dans la dépression, puis en l’incitant à refuser à la fois la vie ordinaire et la sâdhanâ.

    *

    4035

    Les attaques indirectes n’ont pas ce caractère d’invasion violente et d’obscurcissement par les forces hostiles; elles procèdent par suggestions voilées, moitié vraies, moitié fausses, en essayant de présenter le mensonge sous les atours de la Vérité divine ou de mêler adroitement la conscience inférieure à la conscience supérieure. Elles tentent de détourner le sâdhak de son chemin par la ruse plutôt que de le vaincre par la force.

    *

    4036

    Lorsque les forces ou les êtres du vital projettent une influence, elles lui donnent certaines formes de pensée et d’action qu’elles implantent dans le mental et le vital des individus pour les faire sentir, penser, agir et parler d’une manière particulière. Quiconque s’ouvre à l’influence de ces forces agit selon cette formation, en la modifiant peut-être par son propre tempérament vital.

    *

    4037

    Le nombre d’êtres vitaux qui s’attachent à un individu n’est pas fixe — mais parfois certains êtres vitaux particuliers s’attachent à un individu, s’il les accepte.

    V

    4038

    Les attaques sont incessantes et ces temps-ci elles se sont abattues sur bien des sâdhak. Mais si la foi est puissante et fondée sur la Mère, et si l’aspiration est ardente, aucune attaque ne pourra laisser de traces durables.

    *

    4039

    Il y a habituellement deux manières de faire face aux attaques: les rejeter par des moyens dynamiques, ou rester indifférent et les laisser passer.

    *

    4040

    Cet état qui essaie de s’abattre sur vous et de vous saisir n’appartient pas à votre vrai moi; c’est une influence étrangère. Si vous y cédiez, si vous l’exprimiez, ce ne serait pas une preuve de sincérité, mais l’expression de quelque chose de faux par rapport à votre être intérieur, quelque chose qui, à mesure que vous progresserez, vous deviendra de plus en plus étranger. Rejetez cet état chaque fois qu’il vient, même si vous en ressentez fortement le contact; ouvrez votre mental et votre âme à la Mère, gardez votre volonté et votre foi, et vous le verrez reculer. Même s’il s’obstine à revenir, soyez aussi obstiné et même plus obstiné à le combattre et ferme dans votre rejet; cela le découragera et l’épuisera; à la fin, il s’affaiblira, il ne sera plus que l’ombre de lui-même et disparaîtra.

    Soyez toujours fidèle à votre vrai moi; c’est cela, la vraie sincérité. Persévérez et triomphez.

    *

    4041

    Les forces inférieures espèrent vous lasser par leur persévérance, ou pénétrer en vous par pure obstination… ou tout au moins retarder la réalisation par leurs attaques. C’est leur méthode. Si elles parviennent à ébranler la foi, la paix et la samatâ, elles se considèrent comme largement récompensées.

    *

    4042

    La seule erreur serait de vous laisser déborder par les forces adverses. Si vous conservez votre fermeté intérieure, vous pourrez repousser l’attaque, ou elle s’épuisera et passera. Dans de telles circonstances, il faut être comme une falaise: attaquée, par la mer déchaînée.

    *

    4043

    Ce n’est pas être sincère que de n’exprimer que ce que 168 forces adverses vous suggèrent ou ce que vous ressentez quand vous êtes dans une mauvaise passe, que vous êtes plein d’obscurité, et que votre vision est faussée. Quand vous êtes dans la Vérité, c’est exactement le contraire que vous sentez et ce n’est pas de l’insincérité que de se cramponner à cet état et de chercher à le faire revenir. C’est seulement lorsque vous l’aurez fait revenir que la Vérité pourra grandir en vous.

    La douleur dans la poitrine provient seulement d’une résistance vitale; elle persiste parce que vous vous identifiez à cette résistance. C’est seulement par la tranquillité et l’ouverture à la Mère que ces ennuis peuvent disparaître. Il n’y a pas d’autre moyen de progresser.

    Si vous n’avez plus la tranquillité, vous pouvez toujours commencer par y aspirer; une aspiration sincère la fera revenir.

    *

    4044

    Je ne vois pas quelles raisons peuvent être assez subtiles pour justifier ou même paraître justifier quelque chose qui s’oppose à la sâdhanâ et essaie de la détruire. Tout obstacle au progrès spirituel ne peut être qu’un mensonge, quelles que soient les raisons qu’il donne pour se faire valoir. La meilleure chose à faire est de ne pas prêter l’oreille à ses raisons.

    *

    4045

    D’après votre dernière lettre, il est clair que ce n’est pas votre propre volonté qui vous pousse à partir, mais quelque chose qui s’est emparé de votre mental, l’emprise d’une certaine Force qui utilise un ancien mouvement du mental et du vital extérieurs pour vous y pousser. Raison de plus pour rejeter cette impulsion, puisqu’elle est contraire au vrai sentiment de l’âme et du cœur. C’est un piètre orgueil que celui qui dit: “Je suis de ceux qui se rompent, mais ne plient Pas”; il dissimule le fait que c’est devant les forces et les impulsions ignorantes et obscures que l’on plie. Le résultat en est, comme vous le constatez vous-même à la fin de votre lettre, que l’on s’incline devant les forces inférieures de la nature, mais que l’on refuse de s’incliner devant le Divin.

    Si votre sâdhanâ doit être un conflit entre la Volonté supérieure et les vieilles forces de la nature qui apportent la souffrance et les tourments intérieurs, nous ne voulons pas que vous pratiquiez une sâdhanâ de ce genre. Ce n’est pas l’esprit de notre yoga. Ce que nous voulons, c’est que vous retrouviez votre tranquillité et qu’en elle, vous poursuiviez votre chemin. Il est toujours préférable d’avoir une base de tranquillité et de laisser la Force divine agir en vous fermement et calmement; il n’est pas nécessaire, pour avancer, de déployer un énorme effort personnel dans le bouleversement et la lutte. Retrouvez cette tranquillité; ouvrez-vous de nouveau comme autrefois — vous retrouviez alors le sommeil ou la santé en un jour ou deux, et vous vous développiez intérieurement sans ennuis excessifs — et laissez le Pouvoir et la Grâce de la Mère vous conduire.

    Je ferai tout pour vous aider et vous tirer d’affaire, mais ce qui s’est fermé en vous doit se rouvrir pour que l’aide agisse aussi rapidement qu’autrefois. Sinon elle pourra toujours vous tirer d’affaire, mais s’il existe une forte obstruction qui doit être détruite, il y faudra du temps. Je crois qu’un renversement d’attitude mentale changerait tout; cela a déjà été le cas.

    *

    4046

    Vous devriez comprendre que ces incidents sont des attaques qui vous viennent d’une Force adverse à laquelle votre nature a répondu, en raison du désir vital et de l’ego vital — de ce que vous appelez l’égoïsme. Quand cela arrive, vous devez comprendre que c’est une attaque et la repousser au lieu de la laisser entrer; et pour cela, vous devez toujours écarter de vous le désir, l’égoïsme et tout ce qui en découle: jalousie, exigence, colère, etc. Inutile d’invoquer les bonnes raisons qu’elles ont d’apparaître: même si toutes les raisons invoquées étaient justes, elles ne justifieraient pas le fait que vous vous y laissiez aller, car rien, dans un sâdhak, ne justifie cela. Il est inutile de comprendre: il n’y a rien à comprendre, si ce n’est qu’avec ou sans raison, le désir, l’égoïsme, la jalousie, l’exigence, la colère n’ont aucune place dans la vie spirituelle.

    Si vous vous en tenez à votre résolution, tout ira bien; et la connaissance juste viendra non du mental et de ses raisonnements, mais de l’âme et de sa vraie vision des choses.

    *

    4047

    Oui, la difficulté est qu’il y a toujours, dans la nature, une partie qui donne prise à l’attaque. Elle continue à se laisser faire, elle y prend plaisir ou, même si elle veut s’en libérer, elle est trop habituée à recevoir les sentiments, les pensées, les suggestions du passé et à y réagir; elle ne sait pas encore comment ne pas y réagir. L’être mental doit d’abord prendre du recul, refuser d’accepter, dire: “Cela ne m’appartient plus.” Même si l’être vital est consentant, une partie de la nature peut alors être libre, observer l’attaque et la faire cesser. Puis cette partie libérée doit imposer la même volonté de détachement au vital, afin qu’au bout d’un certain temps, il sente lui aussi, quand vient l’attaque, qu’elle lui est étrangère, ne lui appartient pas: comme si un inconnu était entré dans la pièce et cherchait à imposer ses idées ou sa volonté aux occupants. Ensuite il devient plus facile de s’en débarrasser complètement. La Force de la Mère est évidemment à l’œuvre, mais ce consentement du mental et du vital permet d’obtenir rapidement et facilement un résultat; sans lui, il faut du temps et davantage d’effort et de lutte.

    *

    4048

    Si, en présence d’une attaque ou d’une obstruction, on pelle la Mère ou on pense à elle, le succès n’est pas forcément immédiat; même la volonté de se débarrasser de l’attaque ou de l’obstruction peut ne pas être aussitôt efficace, mais il faut persévérer jusqu’à ce que l’on obtienne un résultat, et si l’on persévère, le résultat ne peut manquer de se produire.

    Durant ces attaques, on ne voit que le côté négatif des choses, parce que l’attaque ou l’obstruction essaie en tout premier lieu de voiler l’intelligence du mental. Si elle n’y arrive pas, il lui est difficile à ce moment-là de s’imposer complètement. Car si le mental reste alerte et s’accroche à la vérité, l’attaque ne peut que bouleverser le vital et bien que cela puisse être fort pénible, l’attitude juste du mental agit comme un correctif; le retour à l’équilibre en est facilité et le vital revient plus vite à son état normal. Si le vital garde son équilibre, l’attaque n’affecte que la conscience physique et seulement par ses suggestions; elle est bien plus superficielle, ou même ne fait que susciter temporairement une agitation, un malaise ou une maladie dans le corps, alors que le reste de la conscience n’en est pas affecté. Il est par conséquent très important de s’accoutumer à garder l’attitude mentale juste, même pendant une attaque, si forte soit-elle. Dans ce cas, ce qui aide le plus, c’est de garder Sa foi: la foi que le Divin est toujours là, la foi qui me fait dire: “J’arriverai jusqu’à lui quelles que soient les épreuves par lesquelles il me faudra passer.” Cela permet de voir aussi les autres choses sous leur vrai jour.

    Par ego tamasique, on désigne l’ego qui est faible, se déprécie, se décourage, ne croit à rien. L’ego radjasique est gonflé d’orgueil et d’amour-propre et cherche obstinément à s’imposer à chaque pas ou partout où il le peut; l’ego tamasique, au contraire, ne cesse d’exprimer des sentiments comme ceux-ci: “Je suis faible, je suis misérable, je n’ai aucune capacité, le Divin ne m’aime pas, ne m’a pas choisi, je ne vaux rien, je suis incapable; que peut le Divin pour moi?” Ou encore: “C’est toujours sur moi que s’acharnent le malheur et la souffrance, de tous je suis le moins aimé, tous progressent, je reste seul en arrière, je suis délaissé de toutes parts, il ne me reste plus que la fuite, la mort ou la catastrophe”, etc., etc.; tels sont, exprimés en partie et pêle-mêle, les sentiments de l’ego tamasique. Parfois l’Ahankâr radjasique et l’Ahankâr tamasique se combinent pour s’étayer subtilement l’un l’autre. Dans un cas comme dans l’autre, c’est le “je” qui se joue un drame et obscurcit la vraie vision. La vraie vision spirituelle ou psychique est celle-ci: “Quoi que je puisse être, mon âme est un enfant du Divin qui doit tôt ou tard parvenir au Divin. Je suis imparfait, mais je recherche la perfection du Divin en moi, et cette perfection, ce n’est pas moi, mais la Grâce divine qui l’accomplira; si je suis persévérant, la Grâce divine elle-même fera tout.” Le “je” doit prendre la place qui lui revient, celle d’une petite parcelle et d’un instrument du Divin, d’un quelque chose qui n’est rien sans le Divin mais qui, à l’aide de la Grâce, peut devenir tout ce que le Divin veut qu’il soit.

    L’aide de la Mère est toujours là, mais vous n’en êtes pas conscient, sauf lorsque le psychique est actif et que la conscience n’est pas obscurcie. Le fait que les suggestions apparaissent ne prouve pas que l’aide n’est pas là. Tous reçoivent des suggestions, même les plus grands sâdhak ou les Avatars: le Bouddha et le Christ en ont reçu. Des obstacles, il y en a: ils font partie de la Nature et doivent être surmontés. Il faut arriver à ne pas écouter les suggestions, à ne pas les considérer comme la vérité ou comme émanant de sa propre pensée, à les voir pour ce qu’elles sont et à se tenir à distance. Il faut considérer les obstacles comme des pièces défectueuses dans le mécanisme de la nature humaine qui doivent être changées; il ne faut pas les considérer comme de mauvaises actions ou des péchés qui vous feraient désespérer de vous-même et de la sâdhanâ.

    *

    4049

    Mais quand les suggestions viennent, il est sûrement possible de déterminer, par leur caractère même, ce qu’elles sont, et leur nature montre qu’elles ne peuvent venir que de Forces vitales mauvaises. Il n’y a rien à en dire, sinon que vous devez les rejeter immédiatement et refuser de les laisser entrer dans votre mental et votre vital, c’est-à-dire que vous ne devez pas les accepter ni leur permettre de vous influencer. Très peu de gens ont la perception occulte et directe des Forces qui sont derrière la suggestion, du moins tant que la conscience cosmique n’est pas entièrement ouverte; lorsqu’elle l’est, il devient plus facile de la percevoir directement. Mais la compréhension mentale peut aussi s’avérer efficace.

    *

    4050

    Ne laissez pas ces suggestions prendre le dessus. Si vous tenez ces pouvoirs en échec chaque fois qu’ils vous attaquent, vous accumulez davantage de force pour progresser. Ils vous attaquent en vous suggérant une fausse interprétation, dans l’espoir de prolonger un peu, si vous l’acceptez, leur pouvoir de vous envahir de nouveau. Ne les laissez pas prendre le dessus, si brièvement que ce soit.

    *

    4051

    Il suffit que vous restiez en contact avec la Force et que vous rejetiez la confusion chaque fois qu’elle vous assaille. Le reste sera fait par la Force divine elle-même, car nul n’est vraiment assez fort pour se transformer, c’est la Force divine qui le fait, lorsqu’on l’appelle.

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    4052

    Oui, le Pouvoir, l’aide qu’il apporte et son action sur l’être intérieur sont et seront toujours avec vous. Dans les attaques les plus fortes, dans les heures les plus sombres, il était voilé et caché, mais jamais absent: il ne s’était pas retiré et ne le fera jamais.

    *

    4053

    Toutes ces difficultés trouvent naturellement leur origine dans les espérances de toutes sortes que nourrit le vital. Quand on veut s’en débarrasser, le vital résiste et refuse de s’en séparer; cela ne représenterait rien de plus qu’un travail de transformation, d’ajustement, de réaménagement qui pourrait prendre du temps, mais n’engendrerait pas de conflits ou de bouleversements sérieux. Car dès l’instant où le mental et la volonté intérieure seraient bien décidés à se débarrasser de ces mouvements, la volonté du vital supérieur se rangerait à leurs côtés et le reste de l’être serait incapable de résister indéfiniment ou violemment à la pression de la volonté supérieure de l’être, bien qu’il soit plus obstinément opposé au changement parce qu’il est fait d’habitudes, qu’il est soutenu par le subconscient et non dirigé par la raison ou la connaissance; sa force de résistance diminuerait et les réactions habituelles s’estomperaient ou disparaîtraient. Mais la prolongation de la difficulté et son acuité tiennent au fait qu’il y a, dans la Nature, des Forces qui ne sont pas personnelles ou individuelles, mais universelles, qui se nourrissent de ces mouvements et Ont longtemps dominé, grâce à eux, la nature individuelle. Elles ne veulent pas perdre leur empire et par conséquent, lorsque ces mouvements sont expulsés, elles les renvoient sur le sâdhak en vagues puissantes ou avec une grande violence. Ou elles créent dans le vital une grande dépression, un grand découragement, un grand désespoir — c’est leur arme favorite — parce qu’il est en train de perdre son ancienne capacité à ressentir le désir et n’est pas encore assuré d’avoir quelque chose pour la remplacer, c’est-à-dire un état ou un sentiment psychique ou spirituel, sûr et continu. Tout l’effort de ces Forces vise à empêcher cela. Elles créent donc ces bouleversements et le vital les accepte parce qu’il a l’habitude d’obéir aux Forces inférieures. Elles introduisent en même temps dans le mental des suggestions qui l’incitent à accepter, lui aussi, le trouble, le découragement et la dépression. C’est de cela que je voulais parler en disant qu’il s’agit d’attaques venant de l’extérieur qui doivent être rejetées. Si l’on ne peut pas les rejeter complètement, on doit cependant essayer de garder consciente une partie du mental qui refusera d’accepter les suggestions et de se laisser gagner par la dépression et le trouble, qui dira avec fermeté: “Je sais ce que c’est, et je sais que cela passera, que je pourrai reprendre mon chemin vers le but que rien ne peut m’empêcher d’atteindre, puisque telle est et sera toujours la volonté de mon âme.” Vous devez parvenir à un point où vous serez à tout moment capable de le faire; alors le pouvoir perturbateur des Forces commencera à diminuer et à disparaître. Notre Force est là avec vous et ne manquera pas de vous soutenir et de vous revigorer. L’idée que nous sommes indifférents vous est évidemment suggérée pour contribuer à la dépression et la fortifier. Considérez-la comme telle et ne l’acceptez pas comme une vérité ou une pensée émanant de vous-même; car il est impossible que ce soit vrai. Que vous réussissiez à atteindre la paix et la lumière est notre souci autant que le vôtre, et même plus.

    *

    4054

    Il y a presque toujours dans l’être certaines parties qui refusent de fournir l’effort exigé d’elles, ou s’en sentent incapables. En général, le psychique, le mental et le vital supérieur s’unissent pour pratiquer le yoga, car si ces trois parties de l’être ne sont pas unies, le yoga ne progressera guère au-delà de quelques expériences de temps en temps. Mais le vital inférieur contient presque toujours quelque chose de récalcitrant, et le physique est dans l’ensemble trop obscur. Si le sâdhak était laissé à lui-même, il ne serait pas trop difficile de remédier à cela, mais c’est là qu’intervient l’hostilité des forces universelles (inférieures); elles veulent conserver leur empire sur l’être. Il en résulte une résistance exacerbée du vital inférieur et une obstruction exagérée (inertie, résistance passive) dans le physique qui accepte alors les suggestions de suicide, de dépression ou de désespoir.

    VI

    4055

    [Les attaques des forces hostiles contre l’être extérieur:] On les ressent comme des suggestions, ou comme un contact à la surface du mental, du vital, du physique, ou encore comme des mouvements dans l’atmosphère (dans la conscience environnante personnelle ou générale), mais pour l’être intérieur elles sont comme des rafales ou des tempêtes au-dehors. S’il leur arrivait d’entrer dans la maison, elles seraient bientôt expulsées; portes et fenêtres claqueraient derrière elles; rien à l’intérieur ne les accepte ni ne les tolère.

    *

    4056

    C’était sans doute une indication sur l’origine et la localisation de la suggestion ou de l’influence. On sent très concrètement pénétrer, plus ou moins violemment, les pensées, les vibrations ou la pression émanant d’une force mauvaise, lorsque la conscience est ouverte. Quand elle ne l’est pas, elles entrent sans qu’on s’en aperçoive et on ne sent que le résultat.

    *

    4057

    Dans le mental supérieur et au-dessus, rien n’est soumis à l’action des forces hostiles. Car là tout appartient à la conscience spirituelle, plus ou moins complètement, avec plus ou moins de lumière et de pouvoir.

    *

    4058

    Les forces vitales peuvent attaquer le mental et le font. Nombreux sont ceux qui en reçoivent des suggestions par l’intermédiaire du cerveau; il est donc tout à fait possible que vous ayez senti celle-ci venir d’en haut, à travers la tête. Cela ne signifie pas qu’elle soit venue des régions supérieures au mental (mental supérieur, intuition ou surmental). Un raisonnement correct n’est rien de plus qu’une argumentation cohérente basée sur un certain point de vue: il ne saurait ni justifier un accès de colère, ni indiquer que celui-ci n’est pas d’origine adverse.

    *

    4059

    Vous étiez en train de faire descendre la vraie conscience dans le vital, mais comme l’ancienne difficulté est revenue dans le physique, l’attaque vitale se renouvelle. Vous saurez que la libération est complète lorsque votre vital pourra invariablement affronter cette attaque sans bouleversement ni cris, en repoussant la force d’attaque par une calme force intérieure de rejet.

    *

    4060

    Toutes ces parties de l’être ont progressé, mais elles semblent encore susceptibles d’obéir aux suggestions des forces hostiles. Ces suggestions, tout le monde en reçoit, mais on ne devrait pas les laisser entrer, surtout dans le cœur, ni permettre au vital de les accepter. Elles entrent évidemment par le mental physique (c’est ce que j’entendais par “la gorge et au-dessus”) et affectent le vital de surface et l’être émotif. Vous devez acquérir le pouvoir de les en expulser en niant et en rejetant constamment et fermement leurs suggestions. Tant qu’il y a en vous quelque chose qui dit “oui” ou accepte, elles ont toujours la possibilité de revenir.

    *

    4061

    Comme je vous l’ai dit. c’est par habitude que le mental physique et le vital obéissent à ces forces. Dès qu’elles touchent l’un ou l’autre, vous êtes bouleversé et vous ne vous contrôlez plus. Le moyen de s’en débarrasser est de se concentrer dans le cœur, mais la conscience doit aussi se détacher pour pouvoir se tenir à l’écart de l’attaque et s’en sentir séparée.

    *

    4062

    Si grâce à la concentration dans le cœur les attaques des forces hostiles sont devenues moins fortes ou moins fréquentes, vous devez poursuivre cette concentration jusqu’à ce que vous soyez capable d’effectuer la jonction entre la tête et le cœur, le psychique et la conscience supérieure. Tout dépend de cela. Le psychique doit être assez fort pour contraindre le vital et le physique à se donner au Divin; ou la conscience supérieure doit descendre et tout occuper de sorte que les anciens mouvements soient capables tout au plus de s’agiter à la surface, sans pouvoir pénétrer dans le calme intérieur ni même l’atteindre; ou encore, les deux ensemble, psychique et conscience supérieure, doivent occuper tout l’être. Telles sont les trois voies par lesquelles progresse le yoga. Si la concentration dans le cœur — c’est-à-dire l’éveil du psychique —, est plus efficace contre les attaques, c’est elle que vous devez pratiquer.

    *

    4063

    Si même durant ces attaques et en dépit des souffrances et de l’obscurité, vous pouvez sentir cette partie de vous-même où la Paix est constante et la retrouver à tout moment, c’est un immense progrès. Ce quelque chose en vous qui ne la sent pas constamment, qui reste à mi-chemin, hésitant, doit maintenant, lui aussi, prendre la décision de se consacrer tout entier. C’est seulement une partie de votre mental physique qui ne comprend pas, qui recommence à accueillir les idées anciennes; elle doit être convertie. Peu importent la faiblesse et les incapacités; elles s’en iront quand la Paix et le Pouvoir seront complètement descendus dans le physique. Votre nouvelle naissance est certaine, vous en avez senti les premiers signes dans le psychique éveillé; le reste ne peut que suivre.

    *

    4064

    Je crois que c’est plutôt le manque de sommeil qui est cause de cela, et aussi un conflit intérieur trop intense dû à la pression constante de l’agitation vitale et au tamas physique, qui par là affaiblissent les nerfs.

    L’inertie physique et tous ses symptômes viennent, comme l’agitation vitale, des forces hostiles qui vous attaquent pour interrompre l’ouverture vers le haut et l’empêcher de se produire. Les idées qui apparaissent pour justifier cette inertie sont sans valeur: il est faux que le travail manuel soit inférieur à la culture mentale; c’est l’arrogance de l’intellect qui le prétend. Les travaux exécutés pour le Divin sont tous également divins; le labeur manuel accompli pour le Divin est plus divin qu’une culture mentale ayant pour objectif le développement personnel, la notoriété ou la satisfaction intellectuelle.

    L’inertie, l’engourdissement, la douleur doivent être rejetés avec la même résolution que les troubles du vital. Leur seule particularité, en ce qui vous concerne, est la violence persistante de l’attaque, comme c’était le cas pour le vital; autrement c’est ce que les autres ressentent aussi; mais chaque fois ils rejettent tout cela, font appel à la Mère et sont libérés, peu après si l’attaque est violente, aussitôt si elle est plus bénigne.

    Lorsqu’on est temporairement incapable d’accomplir un effort physique, on peut se reposer, mais uniquement dans le but de recouvrer l’énergie physique. L’idée d’abandonner le travail physique pour se cultiver mentalement est une invention de l’ego mental.

    *

    4065

    L’inertie donne aux forces hostiles l’occasion et le pouvoir d’agir.

    La suite sur : http://www.aurobindo.ru/workings/sa/24/0013_f.htm

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